A pied d'oeuvre

 Paul Marquet est un photographe reconnu, rencontrant un beau succès. Il vit confortablement grâce aux revenus que lui procurent ses photographies. Pourtant, un jour il décide de tout abandonner pour se consacrer à  l’écriture. Ne rencontrant pas le succès espéré, il va très vite être confronté à la précarité.

Paul doit faire face aux exigences à la pression exercée par son éditrice (Virginie Ledoyen, très bien). Personne dans son entourage ne comprend sa décision de vivre chichement alors que tout allait bien dans le monde de la photo. Quand il sombre dans la quasi-pauvreté et qu’il est obligé d’accepter des petits boulots où il est exploité et sous-payé, les regards se font encore plus durs, notamment de la part de son ex-femme, son père (André Marcon, excellent) et de sa sœur, petits bourgeois bien rangés. Seul son fils semble lui conserver affection et respect. Paul ne tergiverse pas, ne renonce jamais, solitaire et courageux, jusqu’au moment où un évènement fortuit va changer le cours des choses.


Tout le film repose sur la performance d’acteur de Bastien Bouillon. Son regard magnétique, sa voix envoûtante (souvent en off, quand il explique ce qu’il vit, ce qu’il ressent) rendent le personnage attachant et bouleversant. Ses rencontres au gré des petits boulots qu’il doit effectuer vont le nourrir et en cela aussi le personnage nous émeut. Ses silences éloquents, sa liberté intérieure nous touchent.

La réalisatrice met en opposition la création qui demande du temps et l’urgence économique qui broie et épuise. Pas de misérabilisme mais un regard aiguisé sur l’esclavage moderne où chacun est noté, évalué. Mais Paul ne cède pas, reste courtois, comme un résistant discret face à la violence sociale. Encore une fois, Bastien Bouillon est incroyable.

Ce film de Valérie Donzelli est  l’adaptation du roman éponyme et autobiographique de Franck Courtés, paru en 2023. ( Le film a obtenu le Prix du scénario à la Mostra de Venise en septembre 2025,, sorti la semaine dernière)

Ce n’est pas souvent qu’un film me marque autant. C’est mon premier grand coup de coeur de l’année, vraisemblablement en haut de mon classement en décembre.

18,50/20 





 

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